Embarquement Forcé: La Mouette de la Disette
Une Mouette Genevoise m'a emporté bien au-delà de mes zones de chasse habituelles. Mon estomac a souffert les conséquences de cette erreur de jugement maritime, juste avant l'heure sacrée du goûter.
La fin d'après-midi est une période stratégique sur le Léman. Les touristes commencent à sortir leurs provisions. Mon estomac réclamait son dû. J'étais posté près du Jardin Anglais, à quelques coups de patte du Pont du Mont-Blanc. L'embarcadère des Mouettes Genevoises est un lieu de passage. L'une d'elles accostait. Son pont en bois semblait offrir un point d'observation intéressant. Peut-être qu'une miette audacieuse s'y serait égarée, abandonnée par un voyageur pressé.
L'embarquement imprévu
J'ai sauté à bord. Le bois était étonnamment stable sous mes pattes palmées. J'ai inspecté la zone avec la minutie d'un expert. Rien. Pas une seule trace de pain. Pas même une écorce de croissant. Puis, l'impensable est arrivé. Les amarres ont été larguées avec un bruit sourd. Le moteur a rugi, une vibration familière mais cette fois menaçante. La Mouette s'est éloignée du quai. Mon cœur de canard a raté un battement. J'étais prisonnier de ce vaisseau flottant. Le Jet d'eau, mon repère familier et constant, rapetissait à l'horizon. C'était une situation critique. Mes spots habituels, mes sources de subsistance, étaient désormais hors de portée. Et l'heure du goûter approchait.
La traversée de la faim
La traversée a été interminable. J'ai vu d'autres canards, mes congénères, profiter des largesses des passants sur les rives. J'ai vu des cygnes, ces géants prétentieux au cou tordu, glisser sur l'eau avec leur aplomb habituel, indifférents à ma détresse. Et j'ai surtout vu des pigeons. Ces sacs à puces dégénérés se goinfraient sans vergogne sur les quais que je venais de quitter. La rage bouillonnait en moi. Ces parasites ambulants sans cervelle. Ils mangent mon pain, volent mes miettes. Une insulte à la bonne gestion des ressources lacustres.
Le retour à la réalité
La Mouette a fini par accoster au quai des Pâquis. J'ai sauté dès que possible, sans un regard en arrière. L'eau du Léman était froide, comme toujours en cette saison. La distance à parcourir pour regagner mes territoires était considérable. J'ai nagé sans relâche, contre un léger courant, les pattes brûlantes d'effort. L'heure du goûter était largement passée. J'ai finalement atteint mes rives habituelles, épuisé et affamé. Une leçon coûteuse sur les dangers du transport public. Désormais, je me fierai uniquement aux miettes tombées du ciel. Ou plutôt, des mains généreuses des touristes.